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En fin d’après-midi, quand les derniers cars redescendent vers Cuiabá, deux aras rouges regagnent leur cavité creusée dans la paroi de grès, derrière le rideau d’eau du Véu de Noiva. C’est à ce moment-là que la Chapada dos Guimarães commence vraiment.

Pour qui cherche un Brésil de nature méconnu des itinéraires classiques, hors de l’Amazonie, ce plateau du Mato Grosso ouvre la porte du Cerrado, le deuxième grand biome du pays — et l’un des plus menacés. Visiter la Chapada dos Guimarães en voyageur responsable, c’est accepter d’y rester, d’y marcher accompagné, et de regarder au-delà des cascades : vers l’eau invisible, les communautés des marges et une culture qui se chante encore en ronde.

Sommaire

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Le Cerrado, une forêt inversée au bord du plateau

Le spectacle de la Chapada commence sous les semelles. Le Cerrado n’est pas un décor : c’est un écosystème singulier, une savane arborée dont la logique échappe au premier regard. Saisir ce qui se joue sous la surface (l’eau, les racines, les menaces) change la manière d’arpenter chaque sentier du plateau et donne son sens au voyage lent que ce territoire réclame.

ipê jaune dans le Cerrado brésilien au printemps

Un château d’eau sous pression

Les botanistes surnomment le Cerrado la « forêt inversée » : environ deux tiers de sa biomasse se trouvent sous terre, en racines profondes qui captent l’eau des pluies. Cette éponge végétale fait du Cerrado, à l’échelle du biome, un berceau des eaux du pays ; ici, sur le plateau, les sources du bassin du Coxipó alimentent le rio Cuiabá, l’un des formateurs du Pantanal, et près de 40 % de l’eau qui abreuve Cuiabá descend de la Chapada. Marcher ici, c’est littéralement marcher sur un château d’eau.

Ce refuge est sous pression. Autour du parc, le Cerrado recule devant le soja, le coton et les pâturages, au point d’être considéré comme l’un des biomes les plus menacés du Brésil. Les veredas, ces zones humides soulignées de buritis (les palmiers des lignes d’eau), dessinent encore dans le paysage ce que la région a de plus précieux. L’ipê jaune, appelé localement paratodos (« pour tous ») en raison de ses multiples usages médicinaux, et le pequi, fruit emblématique de la cuisine régionale, complètent ce vocabulaire vivant.

Véu de Noiva, au-delà de la carte postale

La cascade Véu de Noiva, 86 mètres de chute libre, est l’image la plus diffusée du territoire. Plutôt qu’une photo vite prise, nous suggérons d’y rester : la paroi de grès qui encadre la chute sert de site de nidification aux aras rouges, les araras-vermelhas, observables une grande partie de l’année depuis le mirante, le belvédère qui lui fait face. Le sentier d’accès, 650 mètres autoguidés, est l’un des rares en accès libre — raison de plus pour lui offrir du temps plutôt qu’un passage éclair.

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Le parc national, un accès encadré qui rémunère le territoire

Le Parc national da Chapada dos Guimarães, géré par l’ICMBio (l’institut fédéral de conservation de la biodiversité), protège 327 km² de falaises, de canyons et de cerrado. Son entrée est gratuite, mais la plupart des sites majeurs ne se visitent qu’avec un condutor credenciado, un guide accrédité par le parc. Cette règle, parfois vécue comme une contrainte, est en réalité le cœur du modèle local.

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Cidade de Pedra et le Vale do Rio Claro

Depuis les belvédères de la Cidade de Pedra, des formations de grès sculptées par l’érosion, le regard plonge de 350 mètres sur le Vale do Rio Claro, où veredas et cerrado composent un dessin que les guides comparent à une carte du Brésil. L’accès se fait en 4×4 avec un accompagnateur, sur une piste de sable mou. Plus bas, les piscines naturelles du Rio Claro offrent des eaux transparentes peuplées de petits poissons : une fraîcheur méritée après la chaleur sèche du plateau.

D’après les informations de visite publiées par l’ICMBio, ces sorties se réservent en amont auprès des guides autorisés. Chaque réservation rémunère directement un professionnel du territoire : c’est le circuit court appliqué au tourisme, et la garantie que la valeur créée par le parc reste sur place.

Vale do Rio Claro

Morro São Jerônimo, la rareté réglementée

Le Morro São Jerônimo, point culminant du parc, domine l’ensemble du plateau. Son ascension, longue et exposée, se termine par un court passage d’escalade facile qui demande de l’attention. Surtout, l’ICMBio limite l’accès à 36 visiteurs par jour, encadrés par six guides au maximum. Cette rareté n’a rien de marketing : elle est réglementaire, physique, et elle protège à la fois le site et la qualité de l’expérience. Réserver tôt fait partie du voyage.

Sur le chemin, la Casa de Pedra, une grotte de grès creusée par le ruisseau Independência, conserve des vestiges rupestres. Le plateau raconte ainsi une double profondeur : celle d’un océan disparu, dont les fossiles marins affleurent encore, et celle d’une présence humaine très ancienne.

Casa de Pedra

Aux marges du parc, des communautés et une culture vivante

Le différenciant de ce territoire ne se trouve pas seulement dans le parc (le plus visité des parcs nationaux de chapadas, avec près de 150 000 entrées enregistrées en 2023) mais à ses marges. Le bourg, ses fêtes et les communautés des environs proches composent un tissu social que le tourisme communautaire, le turismo de base comunitária ou TBC, commence à structurer, avec l’appui du programme fédéral « Natureza com as Pessoas » lancé par l’ICMBio en 2025.

Mata Cavalo, mémoire quilombola des environs

À Nossa Senhora do Livramento, aux portes de la Chapada, vit la communauté quilombola de Mata Cavalo — un quilombo est une communauté afro-descendante née de la résistance à l’esclavage. Près de 880 personnes y perpétuent, selon la Fundação Cultural Palmares, un artisanat reconnu, porté principalement par les femmes de la communauté : tressage de la paille de palmier, poupées de tissu, pièces enseignées aux jeunes dans un Point de Culture certifié par le ministère de la Culture. La communauté de Mutuca y organise chaque année la Festa da Banana Quilombola, repas ouvert au public et foire d’artisanat.

Visiter une communauté quilombola de façon respectueuse suppose un cadre : passer par les structures organisées, acheter l’artisanat en direct, ne photographier qu’avec consentement. Et nommer la réalité : la terre de Mata Cavalo, revendiquée depuis plus d’un siècle, n’est toujours pas titrée. Le dire fait partie du respect que nous devons à celles et ceux qui accueillent.

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Cururu, siriri et le bois qui chante

Sur la Praça Dom Wunibaldo, face à l’église de Sant’Ana — la matrice du bourg, vieille de plus de deux siècles —, les soirées de fête résonnent du cururu, joute chantée traditionnellement masculine, et du siriri, danse en ronde de la Baixada Cuiabana, le bas-pays qui entoure Cuiabá. Le Grupo Patucha, fondé en 2000 à Chapada dos Guimarães, en est l’un des gardiens. Les musiciens fabriquent eux-mêmes leurs instruments avec les bois du Cerrado : la viola de cocho, petite guitare taillée dans un tronc évidé, le ganzá et le mocho, tabouret de cuir frappé comme un tambour : une transmission intergénérationnelle concrète qui relie la forêt à la fête.

Préparer un séjour lent sur le plateau

Combien de jours rester ? Quatre à cinq au minimum, pour le parc, le bourg et les communautés — l’inverse de l’excursion d’une journée depuis Cuiabá, qui se limite le plus souvent au seul mirante du Véu de Noiva (unique site en accès libre) et contourne ainsi le système des guides accrédités, principal canal de revenus locaux.

La question de la saison n’a pas de bonne réponse, seulement deux visages. La saison sèche, de mai à septembre environ, offre des ciels limpides et les grandes marches, avec des cascades en étiage et un risque d’incendies. La saison des pluies gonfle les chutes et reverdit le cerrado, mais des crues éclair peuvent fermer temporairement certains sentiers. Fin juillet, la Festa de Sant’Ana et ses neuvaines itinérantes vers les communautés comme Aldeia Velha donnent au bourg son visage le plus intime ; le Festival d’hiver, lui, attire les foules de tout l’État.

Cuiabá est à environ 65 kilomètres : des bus réguliers rejoignent le bourg, et les guides organisent les transferts vers les sites. Voyager sans voiture est possible, et cohérent avec l’esprit du lieu. Compter 29,68 réaux brésiliens (R$) équivalent à environ 5,03 euros (€) en 2026. Pour l’observation des oiseaux, la piste de terre du district d’Água Fria, sur la MT-020, est citée par les spécialistes parmi les meilleurs postes du Cerrado local : la Chapada des habitants, à quelques kilomètres de celle des visiteurs.

Envie de découvrir le Brésil autrement ?

De la Chapada dos Guimarães au Pantanal, imaginez un voyage responsable au rythme des paysages, des rencontres et des territoires traversés.

 

Questions fréquentes

Faut-il un guide pour visiter la Chapada dos Guimarães ?

Oui pour la plupart des sites du parc national : Cidade de Pedra, Vale do Rio Claro et Morro São Jerônimo exigent un guide accrédité par l’ICMBio et une réservation préalable. Seul le mirante du Véu de Noiva reste autoguidé. Ce système rémunère directement les professionnels locaux du territoire.

Combien de jours prévoir sur place ?

Quatre à cinq jours permettent d’alterner les sites encadrés du parc, le bourg historique et les communautés des environs comme Mata Cavalo. L’excursion d’une journée depuis Cuiabá, fréquente, ne laisse voir que le Véu de Noiva et prive le séjour de l’essentiel du territoire.

Quelle est la meilleure période pour y aller ?

Les deux saisons se valent, avec des récits différents : la saison sèche (mai-septembre) garantit ciels dégagés et grandes randonnées, la saison des pluies offre des cascades en pleine eau. En été, des crues éclair peuvent fermer ponctuellement des sentiers : vérifiez les conditions auprès des guides.

Peut-on combiner la Chapada dos Guimarães et le Pantanal ?

Oui : Cuiabá est la porte d’entrée des deux écosystèmes, presque équidistants de la capitale du Mato Grosso. Nous recommandons d’y consacrer un temps long plutôt qu’un enchaînement express, pour respecter le rythme de chaque territoire et de ses habitants.


La Chapada dos Guimarães ne se collectionne pas : elle se comprend. Sous les falaises rouges, un château d’eau ; derrière la cascade, des aras ; aux marges du parc, des mains qui tressent la paille et des voix qui chantent en ronde. C’est ce Brésil-là, souterrain et patient comme les racines du Cerrado, que nous aimons faire découvrir. Si ce plateau vous appelle, parlons ensemble du rythme juste pour le rencontrer : nos itinéraires au Mato Grosso se construisent avec celles et ceux qui y vivent.


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